vendredi 23 septembre 2016

Le point sur Stephen King.


Puisque le monde vient de célébrer le soixante-neuvième anniversaire de Stephen King, c'est à mon tour de m'y coller, avec un train de retard et une idée pas vraiment originale (tellement pas que l'équivalent de cet article existe déjà sur les forums appropriés). Eh oui, pour ceux qui ne s'en doutaient pas, j'ai toujours été une fan en carton, et c'est d'ailleurs le cas envers tous les artistes que j'admire. Enfin bon, comme on dit, c'est l'intention qui compte, non ? 

Avant tout : si vous n'êtes pas vraiment fans de l'univers du "maître de l'épouvante", je vous conseille directement d'attendre qu'on passe à autre chose (ce qui sera rapidement le cas, n'ayez crainte). Si en revanche, vous avez écumé les adaptations qui en sont issues, que vous avez en votre possession au moins une étagère de livres copieusement garnie, et que vous passez des soirées entières à faire des quiz pour tester vos connaissances en la matière, vous devriez apprécier la lecture de ce dossier, dont les articles apparaîtront ici et là au fil des semaines. 

Si vous passez de temps en temps sur mon blog, vous aurez remarqué que ma lecture du moment, c'est toujours plus ou moins Stephen King, et ce depuis quelques années maintenant. Je ne pense pas avoir besoin de vous expliquer ce qu'une passion littéraire, quelle qu'elle soit, représente. La plupart d'entre vous ont grandi avec certaines références, comme ce fut mon cas. Je me rappelle avoir déjà passé une demi-heure dans la file d'attente de la FNAC parce que je ne voulais pas repartir les mains vides, avoir déconnecté de toute vie sociale pendant une semaine avec Rose Madder et m'être forcée à ne lire qu'un chapitre par jour de Shining. Tout ça pour ne pas voir se terminer les aventures de personnages que j'aimais tant, tout ça pour ne pas voir se terminer définitivement mon adolescence. J'ai découvert Stephen King en 2012, alors âgée de dix-sept ans. J'avais le même âge que Carrie, je me sentais tout aussi inutile, et comme beaucoup avant moi, l'alchimie a été immédiate. Mes proches ont toujours alimenté ma boulimie livresque, ravis de me voir me passionner autant pour quelque chose, sachant qu'un bouquin était toujours le plus sûr cadeau à m'offrir en n'importe quelle occasion (autant pour faire plaisir sous le sapin que pour enterrer la hache de guerre). En y réfléchissant à l'heure actuelle, je prends pleinement conscience du fait que l'écriture de King a évolué avec ses personnages, et c'est ce qui, à mon sens, donne autant de force à son contenu. Dans ses premiers grands succès (CarrieShiningChristineÇa), on retrouve certains thèmes liés à l'enfance et l'adolescence, comme l'omniprésence de la peur, mais aussi les dégâts pouvant être causés par l'entourage familial, le courage qu'il faut pour avancer à contre-courant en se sentant toujours un peu paumé, le mépris que les gens affichent à l'égard de ceux qui n'entrent pas dans le moule, la cruauté morale que la société encourage indirectement. Je pense que c'était exactement ce dont j'avais besoin à ce moment-là, même si ça peut paraître carrément maso.

J'avais prévu de faire un seul et unique article, une sorte d'anthologie, mais la bibliographie de Stephen King est un énorme pavé dont on ne peut pas se débarrasser comme ça. Pas avec un monde aussi riche et complet. Autant faire les choses en grand et vous proposer une petite palette sur le sujet, une série d'articles dans ma série d'articles initiale, en quelque sorte. En attendant, je vais me plier à quelques questions récurrentes qui m'ont été posées (notamment par le biais d'un groupe dont je fais partie, mais également par certains autres curieux). N'hésitez pas à y répondre vous aussi, mine de rien ça m'intéresse ! 

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Ton roman favori, et celui que tu aimes le moins ?
Malgré cette désagréable impression de radoter à longueur de temps, le meilleur livre de Stephen King reste et restera pour moi Misery. Comme je vous le disais dans cet article, je l'ai adoré de bout en bout, j'ai été vraiment déstabilisée par toute cette histoire, déstabilisée et ravie. À l'inverse, ce qui m'a le moins emballée, c'est quand même Les Tommyknockers. Sûrement parce qu'il contient énormément de détails, sans parler du fait qu'il est sans doute plus adapté à un public réceptif aux phénomènes surnaturels. Me pondre un pavé sur les extraterrestres, c'est un peu comme donner de la confiture à un cochon, je suis tout bonnement incapable d'avoir un réel avis sur ce bouquin. Je sais seulement qu'il ne m'a pas passionnée et que je ne le relirai sans doute pas.

Ton héros favori, et le Méchant que tu préfères ?
Sans trop d'hésitation, je crois que mon personnage favori est Dolores Claiborne. Déterminée, protectrice, spontanée et fidèle, elle est pour moi l'incarnation d'une héroïne moderne écorchée par la vie. Comment ne pas se mettre à sa place ? Comment ne pas la considérer comme un modèle de courage et de féminisme, encore aujourd'hui ? Son histoire m'a énormément marquée, et je la considère bien plus comme une vieille amie que comme un simple personnage fictif. Quant aux fameux vilains qu'on aime détester, j'ai beau adorer la folie d'Annie Wilkes, elle ne m'inspire pas le tiers de crainte que je ressens en pensant aux plans machiavéliques de Leland Gaunt. Ce mystérieux antiquaire est complètement vicieux et malsain (rien de très surprenant pour une incarnation du Diable, me diriez-vous), manipulateur et méthodique, il ne recule devant rien. Il fait partie des rares personnages pour qui j'ai ressenti autant de fascination, sans pour autant ne jamais éprouver la moindre compassion à son égard.

Ton écrivain préféré, et celui que tu aimes le moins ?
Le meilleur écrivain selon moi est sans doute le plus prolifique, à savoir Thad Beaumont. J'ai pourtant beaucoup hésité avec Mort Rainey, mêlé à une histoire à la fois semblable et totalement opposée, mais on ne comprend que tardivement ce qui lui arrive et on ne peut pas dire qu'il foute vraiment grand chose d'autre que de sombrer dans la dépression. D'autant qu'il n'y a pas mieux que Beaumont pour symboliser ce qui se trame dans l'esprit de Stephen King, étant donné que c'est son personnage le plus autobiographique. A côté de ça, l'écrivain que j'aime le moins nous provient des Tommyknockers, que j'ai déjà cité plus haut. Parce que Jim Gardener n'a pas un passé vraiment joli-joli en matière de violence conjugale, et même s'il tente de se racheter une conduite, ça n'a pas suffit à mes yeux pour le rendre tout à fait sympathique.

Le moment le plus drôle ? Et le plus émouvant ?
Le moment le plus drôle pour moi reste le passage où on apprend que Bill Hodges se prénomme en vérité Kermit et que sa grande mission dans la vie a été de le cacher au plus grand nombre. Je me rappelle avoir franchement souri, c'est une anecdote qui m'a beaucoup amusée et qui m'a sans doute aidée à m'attacher très vite à ce flic parfois un peu caricatural. Quant au moment le plus émouvant, je n'arrive pas à me décider entre la mort de Norman (le mari détestable de Rose Madder), et celle de Joe (celui, tout aussi détestable, de Dolores). On se rend bien compte que quelque chose se brise en elles à ce moment là, qu'il n'y aura plus de retour en arrière possible : on ressent alors un tel soulagement chez ces deux femmes qu'on ne peut qu'y être sensible. C'est le genre de sujets qui me prend particulièrement aux tripes, et une fois encore ça n'a pas fait exception.

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Le moment le plus triste, et la mort qui t'a le plus peiné ?
Il y a tellement de passages désespérants disséminés dans l'ensemble de son oeuvre que j'ai eu du mal à me décider. Mais je ne peux pas m'empêcher de pleurer comme un bébé à la fin de La ligne verte. Je me rappelle avoir versé une petite larme lors de la mort de John Coffey, mais ce n'était rien en comparaison avec la vieillesse de Paul Edgecombe et la culpabilité qui le ronge. On en ressort avec l'impression que la vie n'est qu'un cercle répétitif sans aucun sens, et je vous avoue que je n'avais pas spécialement envie de hurler de joie à ce moment là. Honnêtement, je pense que c'est l'un des bouquins les plus déprimants que j'ai jamais lus. Plus jamais je ne pourrai m'attendrir sur l'amitié sincère entre Edgecombe et Coffey, sans avoir un pincement au cœur en pensant à ce qui attend chacun des personnages par la suite. 

Ton passage préféré qui n'apparaît pas dans l'adaptation ?
Après de longues heures (non pas vraiment, mais quand même) de débat interne, je dirais qu'il s'agit du sacrifice que fera Jack Torrance pour protéger son fils de lui-même et des esprits de l'Overlook. On n'en sait strictement rien dans l'adaptation de Kubrick, puisque la scène a été complètement métamorphosée en quelque chose qui n'avait rien à voir. Enfin bon.

Quelle créature aurais-tu aimé être dans une autre vie ?
Je trouve qu'il y a quelque chose d'un peu orgueilleux à déterminer ce qu'on aurait voulu être, parce qu'on aimerait souvent y associer notre créature préférée, alors qu'on est souvent loin de posséder les mêmes qualités qu'elle. Si je pouvais choisir, j'aurais sans doute opté pour le Félidé, ou bien Christine (histoire d'être belle gosse une fois dans ma vie, vous comprenez). Mais je pense plus probablement correspondre à un animal qui réussit toujours à se sortir de situations pourries, quitte à y laisser quelques bouts de lui-même derrière. Un peu comme Mr Jingles, en fait. Pas très ambitieux, hein. 

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Voilà pour ce premier article, je pense avoir déjà fait un peu le tour, l'air de rien. N'hésitez pas (genre vraiment) à me faire parvenir vos réponses dans les commentaires, et à très bientôt pour la suite de nos aventures Kingiennes ! 


Misery

mercredi 21 septembre 2016

Pourquoi j'arrête Hannibal.

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Ça y est. Au bout de deux saisons, j'en peux plus et je jette finalement l'éponge. D'ailleurs, je ne sais toujours pas pourquoi je me suis désespérément accrochée à cette série au moment même où je commençais à saturer. Peut-être parce qu'Hannibal, c'est un petit plaisir coupable, et on y retrouve les ingrédients qui en font une série complètement tendance : les personnages sont pratiquement tous cinglés, avec des looks ultra-soignés qui doivent coûter un bras et une ambiance complètement glauque et décalée, en nous montrant au passage toute une batterie d'images plus esthétiques les unes que les autres. Un plaisir coupable qui s'appuie sur l'un des personnages les plus mythiques de la littérature, et qu'on regarde en disant "nan, mais c'est Hannibal quand même, je peux pas rater ça". Mais détrompez-vous, vous le pouvez tout à fait.

Si vous ne connaissiez pas la série, Hannibal se voulait être au départ une sorte de préquelle à Dragon Rouge, expliquant ainsi les origines de la rencontre entre le célèbre cannibale et le profileur Will Graham. Plusieurs personnages assez uniques en leur genre vont graviter autour de ce fameux duo, que ce soit des sociopathes fous dangereux ou de simples collègues de Will, en passant par toute une compagnie de psy loufoques et intrigants. Les deux premières saisons tournent donc autour des liens étroits entre les deux hommes, unis par plusieurs types de relations ambiguës (psychiatre/patient, amis/rivaux, prédateur/proie) et qui accumulent les révélations fracassantes. Parfois, les chemins que prend le scénario sont inutilement complexes et gratuitement gores, ce qui contribue davantage à nous rendre perplexes qu'à nous donner envie de tout savoir. Mais je me suis accrochée, parce qu'après tout ...

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Et pourtant, petit à petit mon intérêt pour le mystère principal avait décru, puisque la série s'emmêlait de plus en plus dans tous les sens, avec des épisodes dont la cohérence était toute relative (des épisodes bourrés de séquences bien crades, entrecoupés de longs et fastidieux épisodes où on parle beaucoup pour ne pas apprendre grand chose), mais je suivais quand même parce que bon, ça faisait quand même une plombe que je voulais savoir comment tout ce carnage finirait. Mais là franchement, alors que tout le monde a compris qui était vraiment Hannibal, qu'on découvre ses motivations, qu'on a même un peu de compassion pour ce destin brisé ... Hop, Byan Fuller nous sort de son chapeau "une romance riche en tension sexuelle" (je cite) entre les deux hommes. Vous l'aviez pas vu venir ? Moi non plus. Sérieusement, est-ce que c'était nécessaire de nous imposer une saison 3 (qui sera d'ailleurs la dernière saison, et c'est tant mieux) avec un scénario aussi faible et abracadabrant ? 

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Eh bien non, cette fois, les aventures d'Hannibal et Graham ne m'intéressent plus une seule seconde. Je ne suis absolument pas contre une série gay-friendly, mais dans le cas présent c'est juste du grand n'importe quoi, surtout quand on prétend refaire quelque chose de fidèle à l'original. A un moment donné, il faut être un minimum cohérent et arrêter de se cacher éternellement derrière une franchise qui attire les téléspectateurs. J'ai juste eu la désagréable impression de regarder une mauvaise fanfic, alors qu'il aurait suffi de créer des personnages originaux pour que l'idée me plaise (peut-être). Mais dénaturer Hannibal de la sorte, désolée, je l'ai toujours en travers. Les pointes d'humour noir, les explosions de sang et de membres qui volent dans tous les sens, les mimiques (fort réussies) de Mads Mikkelsen, les fringues sympa, les appartements à tomber par terre et la BO plutôt cool, tout ça ne suffit plus à sauver une série pour laquelle j'ai l'impression qu'on se fout violemment de notre gueule.


Misery

mardi 20 septembre 2016

Stoker, cet OVNI cinématographique.

Cet après-midi, j'ai profité d'une flemme intersidérale (et de ma fameuse série d'articles) pour découvrir Stoker, de Park Chan-Wook, qui me faisait de l'œil depuis longtemps. Les affiches magnifiques et les quelques captures d'écran que j'avais aperçues m'avaient fait très bonne impression, il y avait donc peu de chances que je sois déçue au niveau esthétique. Mais qu'en est-il de l'intrigue ?

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Après avoir lu le synopsis, je m'attendais à des prises de bec larmoyantes dignes des drames familiaux, mais ce que nous offre Stoker est complètement à l'opposé des classiques du genre. Tout commence quand le père d'India est retrouvé mort dans sa voiture carbonisée, alors que la jeune fille s'apprête à souffler ses dix-huit bougies. Pas de bol pour elle, sa relation avec sa mère Evelyn n'a jamais été très concluante, et elle avait coutume de passer le plus clair de son temps avec son père, notamment autour d'une passion commune : la chasse. C'est précisément le jour de l'enterrement que le mystérieux oncle Charlie, frère du défunt, décide de réapparaître comme un cheveu sur la soupe et de s'installer chez les Stoker. Avec son sourire angélique à faire froid dans le dos et ses comportements quelque peu étranges, on soupçonne tout de suite Charlie de n'avoir pas vraiment la lumière à tous les étages. S'ensuit une collocation malsaine et intrigante entre les trois personnages, qui ne s'étaient jamais vus auparavant. Des liens vont alors se tisser progressivement entre Evelyn et Charlie mais aussi, plus curieusement, entre India et ce dernier. Cette rencontre va agir pour chacun comme un révélateur, ouvrant une boîte de Pandore qui ne pourra plus être refermée.

Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié le personnage d'India. Première de la classe, perçue comme bizarroïde par les autres élèves, elle est un peu renfermée sur elle-même, mais on peut dire qu'elle a quelques excuses. En effet, elle voit, entend et perçoit des choses que la plupart des gens ne remarqueraient même pas. Très douée pour les arts, on découvrira au fil du film ses deux passions : le dessin et le piano, qui occupent à eux seuls une petite partie du film. J'ai été touchée par le côté décalé et fascinant de Mia Wasikowska, qui donne pas mal de profondeur à un rôle qui aurait pu très vite tomber dans la banalité. On retrouve aussi Nicole Kidman dans la peau d'une mère instable et névrosée, qui en fait des caisses et tombe vite dans une espèce de caricature d'elle-même, pour ne pas changer. Pour contrebalancer un peu ce défaut de casting (même si, à mon sens, Nicole Kidman est pratiquement toujours un défaut de casting, et que j'ai conscience de ne pas être très objective), on peut souligner la performance de Matthew Goode qui campe majestueusement cet homme double, à la fois séducteur et dangereux.

 

Même si le scénario est un peu prévisible, il a le mérite de nous entraîner sur plusieurs fausses pistes, et on s'y laisse alors facilement emporter. Les scènes sont superbement réalisées, les décors et l'ambiance à couper le souffle, la musique de foufou accompagne le tout avec justesse : rien n'est laissé au hasard. Je craignais de me faire encore avoir par un film purement esthétique et vide de sens, mais fort heureusement, le réalisateur ne tombe pas dans le piège. Cependant, l'histoire prend un certain temps (voire un temps certain) à se mettre en place, insidieusement, et il faut s'armer d'une infinie patience avant de voir les premiers rebondissements se succéder. D'un autre côté, c'est justement cette attente qui permet de créer petit à petit le suspens, jusqu'à des révélations pour le moins surprenantes.

Bref, Stoker sort totalement des sentiers battus, faisant partie de ces films inclassables et apportant presque plus de questions que de réponses réelles : on en ressort sans savoir réellement quoi en dire ni quoi en penser. Etant donné que je tiens carrément à ce que vous vous fassiez votre propre opinion sur le sujet, je m'abstiendrai donc de vous spoiler à mort. Tout ce que j'ai encore le droit de vous dire, c'est qu'il faut absolument le voir au moins une fois, ne serait-ce parce que c'est l'un de mes plus gros coups de cœur de cette année (à ranger à peu près aux côtés de Prémonitions, Spectre ou Le pacte des loups, même si ça n'a absolument rien à voir, nous sommes d'accord).

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Stoker : un thriller glaçant

Et en prime, la petite BO qui fait du bien, ce serait dommage de s'en priver :





Misery

vendredi 16 septembre 2016

Planer avec Julien Doré.

Cette fois-ci, je vais un peu m'éloigner de ma série d'articles en cours, parce que trop de dark finirait par tuer le dark, que je ne m'adresse pas nécessairement à des gens qui n'aiment que ça et surtout, parce que la sortie du nouvel album de Julien Doré est toujours un petit événement en soi.

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"Un refrain, comme un point de départ. À la fois premier souffle de l'inspiration de ce nouvel album composé entre la montagne & la mer & vrai départ, physique, loin du chaos ambiant. Une fuite solitaire mêlée d'horizons & de cimes pour retrouver le lien, le sens & l'équilibre. Retrouver sa place en tant qu'homme & artiste, trouver les réponses à ses questions, comprendre si écrire & chanter a encore aujourd'hui, une utilité. Les chansons n'aident pas à marcher, mais elles permettent de respirer. Le Beau, la Nature & l'Amour pour guides afin d'éviter de s'égarer. Et que ceux-là, amoureux de l'ombre & du pire nous regardent, nous aimer & vivre." [Julien Doré]

Sur la toile et dans quelques émissions télé ou radio, le monsieur est plutôt mis à l'honneur en ce moment. Tout le monde est au taquet concernant la sortie de son nouvel album (prévue en octobre), autant du côté de ses admirateurs que de celui de ses détracteurs, mais dans le fond qu'est-ce qu'on attendait tous ? Le premier clip, comme d'habitude. Allez, c'est parti pour Le Lac :


Malgré ce côté très poétique, aérien et parfois mélancolique, j'avoue ne pas avoir été tout à fait conquise par le premier titre proposé. Je l'ai trouvé un poil trop proche de Paris Seychelles, un peu trop passe-partout et fade à mon goût. Et puis, je n'ai absolument pas capté ce que faisait Pamela Anderson au beau milieu de tous ces paysages où on en prend plein les mirettes, je dois dire que ça ne m'a pas du tout impressionnée. Je n'alimenterai pas les polémiques puériles qui se sont créées depuis, j'ai simplement pensé qu'elle arrivait un peu comme un gros sponsor inutile, mais peut-être y-a-t-il une subtilité qui m'échappe. Il a donc fallu que j'attende la version acoustique pour me réconcilier avec ce morceau, et pour l'apprécier à sa juste valeur :


Dans la foulée, Julien Doré nous a également fait profiter de deux nouveaux morceaux, intitulés Sublime & Silence et Mon écho.


Mais, encore une fois, des arrangements plus minimalistes m'ont permis de me plonger complètement dans le texte (qui est sublime, comme son nom l'indique). Sa voix est en totale harmonie avec la mélodie au piano, on a l'impression de se retrouver dans un cocon, ç'en est presque surréaliste.


Et pourtant, mon coup de cœur parmi les trois titres proposés jusqu'ici revient à Mon écho, qui m'a complètement déboussolée, mais cette fois-ci dans le bon sens du terme. Je ne saurais pas vous expliquer pourquoi (est-ce vraiment nécessaire, d'ailleurs ?), il m'a tout simplement touchée en plein cœur. 


Il semblerait qu'un nouveau tournant s'annonce pour Julien Doré, qui nous revient plus calme, moins exubérant et avec une meilleure maîtrise de sa voix. Cependant, pour les prochains morceaux, j'espère tout de même redécouvrir des sonorités plus rock et décalées, qui mettent en valeur ce petit brin de folie qui lui va si bien. Affaire à suivre, donc.

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Misery

jeudi 15 septembre 2016

Misery, une magnifique invitation à l'angoisse.

Je vous expliquais précédemment que je souhaitais développer une série d'articles essentiellement liés à un style plus ou moins "dark". J'utilise les guillemets parce que ce terme est ici totalement vulgarisé, ce n'est vraiment pas ce que vous croyez. Je me suis creusé la tête pendant plusieurs heures afin de trouver le titre adéquat à base de jeux de mots foireux, mais rien n'est venu. Et puis bon, avec mon pseudo et ma bannière, nul besoin d'alimenter encore davantage la caricature. Vous vous demandez peut-être d'ailleurs si je suis gothique dans la vraie vie,  et si on parle uniquement des goûts culturels, la réponse serait sans doute oui. Cependant entendons-nous bien, c'est surtout dans ma tête que ça s'est toujours passé, vestimentairement je n'ai jamais eu les moyens de mes ambitions. Quand j'avais 14 ans, je ne me séparais jamais de mon long manteau noir acheté chez Jennyfer, assorti de bottes cloutées et de rouge à lèvres noir, mais on peut dire que ça s'arrêtait là. Et pourtant le doute a souvent traversé les esprits croisés au cours de ma vie : parce que je m'habille toujours principalement en noir, que j'écoute du rock et que j'éprouve pas mal de malaise devant tout ce qui est girly, vous imaginez bien que les raccourcis sont de mise. Alors que c'est complètement réducteur, puisqu'il suffit de venir voir ma déco pour s'apercevoir que ma vie n'est pas une grande chambre noire. Bon, OK, cette introduction est déjà beaucoup trop longue et j'ai finalement décidé que cette série d'articles n'aurait pas de titre, voilà. Tout ça pour ça.

Je vais peut-être vous énerver un tantinet avec cette deuxième édition, puisque je ne vais pas vous raconter quelque chose de vraiment inédit. Celles et ceux qui entendent parler de moi depuis un petit moment ne seront pas surpris, je vais de nouveau aborder le sujet de Misery, mais ce sera décidément une première sur ce blog (vous allez me dire qu'il était grand temps, et je suis bien d'accord avec vous).

  
Certaines histoires s'oublient directement une fois le livre refermé. Mais Misery n'est pas le genre de bouquin ordinaire, et ce n'est pas non plus un Stephen King comme les autres. C'est quelque chose de complètement envoûtant : une angoisse perpétuelle au fil des pages tournées, alors que l'intrigue nous empoigne pour nous traîner dans une bonne grosse angoisse qui retourne les tripes.

En quelques mots, Paul Sheldon est un écrivain à succès, devant essentiellement sa notoriété à Misery Chastain, son héroïne de romans fantastiques à l'eau de rose. Lassé, il décide alors de tuer son personnage phare, et se lance dans l'écriture d'un autre roman, plus marginal, plus dramatique et plus moderne, intitulé Fast Cars.  Alors qu'il quitte l'hôtel dans lequel il s'exile habituellement pour écrire, son nouveau manuscrit déjà est bouclé ; mais chez King, rien ne se déroule jamais vraiment comme dans le meilleur des mondes. A cause d'une tempête et d'un excès d'alcool, c'est l'accident. Les deux jambes broyées, il est secouru par Annie Wilkes, ancienne infirmière, et accessoirement fan numéro un de son héroïne Misery Chastain. Tout dérape franchement après sa lecture du dernier tome des aventures de Misery et celle du prochain roman de Paul, qu'elle ne trouve pas spécialement à son goût, c'est le moins que l'on puisse dire. Et sa folie furieuse bien enfouie ne tarde pas à se déchaîner de façon assez spectaculaire, ne laissant plus qu'un choix à son captif : faire renaître Misery de ses cendres pour avoir une chance de survivre.

Je me souviens encore de ma première lecture, durant laquelle je passais le plus clair de mon temps à me planquer sous la couverture, sans pour autant résister au plaisir de tourner les pages une à une. D'autant que ce livre est quand même parfois très drôle (mais non, ne partez pas si vite, m'enfin !) : si on compatit évidemment avec le prisonnier, son humour décalé reste irrésistible dans bon nombre d'occasions. Il n'y a pas d'artifices surnaturels ou autres petits extraterrestres ici, simplement un huis clos complètement malsain sur fond de fanatisme hystérique, capable de tout détruire sur son passage. Ce bouquin illustre parfaitement le syndrome de Stockholm puisqu'indirectement, Annie va parfois contribuer au bonheur de Paul et susciter chez lui une certaine forme de reconnaissance. Pour vous servir une métaphore très à propos, je trouve que Misery est un peu comme un couteau qu'on vous planterait en plein cœur et qu'on s'amuserait à faire tourner et retourner sans répit. Et j'aime ça (mais chacun ses problèmes). En fait, je ne saurais même pas expliquer de façon construite pourquoi cette histoire me fascine totalement, et j'ai bien conscience de manquer cruellement d'objectivité sur le sujet.

Oui voilà, et la plus grande fan de Misery, c'est moi. Rassurant, n'est-il pas ?

A vrai dire, je me doute bien que le roman est écrit de telle sorte à ce qu'on ressente une forte empathie pour ce pauvre Paul séquestré et malmené, j'ai bien compris l'intérêt de l'intrigue depuis le temps que je me vautre dedans, mais je me suis surtout attachée au personnage d'Annie Wilkes, presque instinctivement. Certes, c'est quand même une grande malade, mais elle a cette folie et cette rage enfouie que tout excuse. Face aux contrariétés, progressivement, elle commence à devenir complètement givrée. Tantôt lucide, elle se perd au fil du temps dans un monde imaginaire qui ne tolère aucune imperfection : l'auteur qu'elle chérit doit s'exprimer correctement, il doit également écrire l'oeuvre dont elle rêve. Puis, tant qu'à faire, il doit devenir l'homme idéal, une illusion à laquelle elle s'accrochera coûte que coûte. Et surtout, elle restera persuadée, jusqu'à la toute fin, de n'avoir fait tous ces sacrifices que par altruisme envers l'homme qu'elle aime. A la foi victime de sa maladie et bourreau, le personnage d'Annie est tout simplement bouleversante. Avouez que ça change un peu de toutes ces gentilles filles larmoyantes dont on nous gave jusqu'à l'indigestion.

"Il vit ses yeux qui le foudroyaient s'agrandir encore, maintenant pleins de surprise, d'horreur et d'une souffrance nouvelle. [...] Qu'est-ce qui est arrivé, Paul ? Je vous apportais du champagne, pourtant ..."

J'ai également beaucoup aimé les quelques références à la Reine de Cœur imaginée par Lewis Carroll dans Alice aux pays des merveilles, ça m'a fait plaisir que Stephen King pense à un autre de mes personnages préférés (je suis sûre qu'il l'a fait exprès, pas vous ? Non ? Bon bon, d'accord ...)

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Stephen King est sans doute l'auteur (vivant) le plus adapté au cinéma, et on y trouve un peu de tout : des chefs d'œuvre, des films passables et des gros ratés (et encore, je reste à peu près diplomate, notamment en ce qui concerne Ça, qui est pour moi un flop total). Dans la première catégorie, on retrouve donc le fameux Misery de Rob Reiner, porté par une réalisation au top et des acteurs génialissimes. L'adaptation n'atteint pas la richesse flippante du roman, mais on aurait vraiment tort de bouder notre plaisir pour autant.

Il y a très peu d'ambiance sonore dans ce film, mais la bande son est propre, soignée et colle parfaitement aux scènes qu'elle vient illustrer. Le huis-clos se suffit presque à lui seul pour me donner une sensation de claustrophobie (agréable, cette fois) derrière mon écran. On frissonne avec Paul, on découvre la truie de compagnie d'Annie sous ses yeux ébahis, on se rue avec lui sur notre fauteuil roulant pour éviter qu'elle nous surprenne à son retour de courses. Bref une totale immersion, comme si on était, nous aussi, happé dans cette maison perdue au milieu de nulle part. Et on s'en réjouit grandement. Je trouve que le duo Kathy Bates / James Caan insuffle à cette histoire (simple, mais jamais simpliste) une véritable dynamique, qui semblait pourtant impossible à adapter à l'écran. Très sincèrement, James Caan est parfait en pauvre homme frustré, ni courageux ni lâche, qui tentera toutes les supercheries imaginables pour s'enfuir, mais à mon sens Kathy Bates lui vole complètement la vedette. Mais si, je suis sûre que vous connaissez Kathy Bates, au moins de nom ! Sa filmographie est très, très, trèèès impressionnante, et parmi la vague de prix que la dame a raflé, on y retrouve l'Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice pour Misery. Et croyez-moi, cette récompense est amplement méritée. D'ailleurs, elle s'apprête également à figurer (enfin !) au très célèbre panthéon du Walk Of Fame, ce 20 septembre. Et j'en suis ravie, vous vous en doutez bien, étant donné qu'elle fait partie de mes très rares actrices favorites.

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Ce film, sans effets spéciaux et sans hémoglobine à tout-va, est un brillant thriller psychologique que j'adore regarder de temps en temps, même s'il n'égale pas complètement le roman. Une ambiance pesante, une infirmière complètement tarée et amoureuse de son écrivain séquestré, un suspense plutôt intense et des musiques savamment dosées, font de ce film une véritable perle. Par contre, le DVD classique est très pauvre, pas la peine de chercher deux plombes, il n'y a absolument que dalle. Je vous conseille donc de vous tourner plutôt vers l'édition collector (qui offre des bonus très intéressants). J'ai aimé découvrir la bande-annonce qui avait été diffusée à l'époque, en plus du making-off et des interview : un petit plaisir supplémentaire pour découvrir ou redécouvrir cette adaptation très réussie.



Misery